May 15, 2017

le jeu vidéo professionnel gagne sans cesse en importance

Sport électronique 101 : comme c’est le cas pour les amateurs de hockey, les passionnés de jeux vidéo se rendent par milliers dans les arénas et les stades pour voir les professionnels à l’œuvre

©istockphoto.com

Le jeu vidéo professionnel – qu’on appelle aussi sport électronique, une industrie qui atteindra un milliard de dollars dès l’an prochain selon certains analystes – a augmenté au point que nous sommes nombreux à savoir que des participants à des compétitions importantes gagnent des millions de dollars à jouer à des jeux vidéo. Mais si vous n’êtes pas un passionné de ces jeux, il y a fort à parier que vous n’avez pas encore vu le sport électronique en action. Permettez-moi de vous situer.

Imaginez un aréna de la taille du Air Canada Centre rempli de gens. Au parterre se trouvent des rangées d’écrans d’ordinateur installés sur des tables et des scènes, et un joueur expérimenté se trouve devant chaque écran. Des écrans géants permettent aux spectateurs assis de bien voir ce qui se passe dans la partie, un peu comme vous le verriez à un événement de l’UFC, tandis que des présentateurs et des analystes décrivent ce qui se passe. Lorsqu’une équipe gagne, ou qu’un joueur réalise un mouvement particulièrement impressionnant dans un jeu, la foule hurle pour montrer qu’elle apprécie, comme si Équipe Canada venait tout juste de remporter l’or.

Autrement dit, cela ressemble beaucoup à un événement sportif professionnel. Malgré cette description, plusieurs personnes qui n’évoluent pas dans ce milieu se demandent quel est l’intérêt – pourquoi regarder des gens jouer à des jeux vidéo. Ce qui captive principalement dans les jeux vidéo, c’est l’interaction. Les joueurs se laissent entraîner dans des univers et n’ont plus qu’un seul but : atteindre les objectifs du jeu. Le sport électronique transforme les jeux en une activité passive au cours de laquelle les spectateurs regardent plutôt que d’agir. Alors, pourquoi le jeu vidéo professionnel est-il si populaire?

Pour la même raison que les gens aiment regarder le hockey, le baseball, le soccer ou un autre sport, » indique Carl Edwin Michel, cofondateur et chef de la direction de la Canadian League of Gamers (ligue canadienne des joueurs de jeux vidéo) et d’une série populaire de compétitions de sport électronique présentées sous la bannière Northern Arena.

Disons que vous êtes un grand amateur de hockey. Vous jouez peut-être dans une ligue de garage. Puis vous avez la chance de voir jouer Sydney Crosby, et lorsque vous y allez, vous pouvez voir tout ce qu’il peut faire et que vous ne pouvez pas. Regarder des professionnels jouer à un jeu vidéo est divertissant puisque vous pouvez apprécier leur talent et leur performance. »

Il est intéressant de noter que les joueurs professionnels abordent leurs carrières dans le sport électronique de la même manière que des athlètes professionnels. Ils participent à des séances d’entraînement intensives avec leurs coéquipiers pour aiguiser leurs réflexes et leurs habiletés. Ils sont aussi nombreux à suivre un programme d’entraînement physique rigoureux. « Vous devez bien vous sentir dans votre corps, » explique Michel. « Ils sont en bonne forme physique. Ils ne sont pas assis dans leur sous-sol à manger des Doritos. »

De fait, si le sport électronique réussit un jour à percer le marché, ce sera en raison notamment des joueurs et de leurs personnalités. Bon nombre de ces joueurs sont devenus des célébrités mineures dans leurs pays. Cela est particulièrement vrai en Corée du Sud, où les pseudonymes des concurrents comme BoxeR (Lim Yo‑hwan, un joueur retiré qui a fait sa marque au jeu Starcraft et un ambassadeur du sport électronique) et Faker (Lee Sang‑hyeok, trois fois champion du jeu League of Legends) sont bien connus.

Ce qui entraîne naturellement une autre question : le Canada compte-t-il des joueurs de sport professionnel célèbres?

Oui. Toutefois, ils sont nombreux parmi les meilleurs, comme Stéphanie Harvey, qui est connue sous le pseudonyme de « missharvey » et qui a remporté cinq championnats du monde à Counter‑Strike, l’un des premiers jeux à avoir fait partie du sport électronique, à être repêchés par des équipes internationales, l’America’s Counter Logic Gaming Red dans le cas de Stéphanie.

C’est là où entrent en jeu des organisations comme la Canadian League of Gamers de Michel et ses compétitions Northern Arena, qui ont déjà eu lieu à Toronto et à Montréal. De plus, un autre événement est prévu à Vancouver cette année. Michel aimerait qu’au Canada, on encourage les joueurs professionnels et qu’on arrive à les retenir. Pour y parvenir, il donne aux amateurs locaux et aux joueurs semi-professionnels un avant-goût de ce qu’est véritablement le sport électronique, en offrant des prix en espèces, une chance de jouer avec des professionnels de calibre mondial, et même une apparition à la télévision grâce à la collaboration de son organisation avec les réseaux de télévision pour la diffusion de la finale du tournoi.

« Nous voulons créer une infrastructure pour le jeu professionnel au Canada », explique Michel. « Nous avons déjà remporté du succès. Notre dernier événement a attiré 22 millions de spectateurs en ligne et 25 000 en personne sur une période de trois jours. Ces chiffres sont énormes. Mais ils peuvent l’être encore plus. »